Avril 2005, j’étais installé avec plusieurs antiquaires au salon d’antiquités du carrefour de l’Estrie. C’était la 3ième fois que je faisais découvrir mes trésors au grand public. Après la journée du vendredi, assis devant un pot de bière à la brasserie du carrefour, nous étions quelques exposants à jaser surtout d’antiquités (notre passion commune).Un antiquaire et restaurateur de meubles de la Mauricie nous parlait d’un lot de meubles Européens qu ‘il avait rencontré il y a quelques années. Vers les années 1940 et 1950, les Européens se sont mis à copier le style Québécois dans la fabrication de meubles. Si j’ai bien compris, ces meubles en pin sont du point de vue montage et ébénisterie pratiquement identiques aux meubles fabriqués ici 100 ans plus tôt. Certains de ces meubles étaient vraiment magnifiques, nous disait cet antiquaire, le style, les couleurs et le vieillissement de la peinture, c’était à s’y méprendre, même pour un connaisseur. Seuls quelques détails comme les clous, les pentures ou la quincaillerie employés pouvaient nous confirmer leur origine et leur âge.

La valeur d’une belle armoire québécoise du 19ie siècle peut atteindre les 20,000$. Par contre la même armoire (ou presque) fabriquée en Europe peut se vendre entre 3000 et 5000$… Pourquoi deux meubles aussi attirants pour l’œil un comme l’autre pouvaient-ils se vendre à prix complètement différents? Stéphane Labrecque d’antiquités Nolan a très bien répondu à ma question. Si tu trouves, me dit-il, un vieil album avec, à l’intérieur, une photo de ton arrière grand-père, cet album aura une certaine valeur pour toi…Par contre, le même album avec la photo du grand-père d’un français dont tu ne connais même pas l’existence, aura aucune valeur à tes yeux n’est-ce pas ? C’est un peu la même chose pour les meubles anciens. Un meuble a une signature, il a été fait par un artisan de l’Ile d’Orléans, par le grand-père de ton voisin ou a été fabriqué spécialement pour ton arrière grande tante… Une chose est sûre, c’est qu’un meuble ancien du Québec fait partie de notre histoire à nous, et qu’il est important d’en reconnaître la valeur et l’authenticité…

À partir de ce jour-là, j’ai pris conscience d’une chose ; depuis que j’ai débuté ma collection de cuisinières et de réfrigérateurs anciens, ce qui me fait le plus « tripper » c’est quand je mets la main sur un morceau typiquement canadien comme Moffat, Findlay ou RCA Victor qui était fabriqué en Ontario. Encore mieux, quand je trouve une cuisinière Bélanger fabriquée à Montmagny, ou comme, il y a à peine quelques jours, une cuisinière électrique combinée au bois 1958 de marque Lislet achetée directement de la fonderie de l’Islet à Lisletville( facture à l’appui)…Encore plus près de nous, à Granby, ici en Estrie, dans les années 1940 et 1950 on y fabriquait les réfrigérateurs Racine, De Laval et Princess. Cette entreprise aurait été fondée par un M. Racine qui était marié à une Madame Dubuc. Il y aurait même eu quelques Dubuc qui y travaillaient (des cousins de mon grand-père)…Quand je regarde tous ces appareils et que je les compare à ceux de chez Antique Appliances, je suis fier de constater que les gens d’ici ont fait des plus beaux modèles que nos voisins du sud…à mon goût à moi en tout cas !

Tout comme un antiquaire, j’ai la chance de participer à la conservation de notre patrimoine canadien et québécois. Quand les gens me proposent de vendre mes appareils sur Ebay «c’est sûr que les américains vont t’acheter ça me disent-ils», je vais continuer à leur répondre:

quand je serai connu de tous les québécois, que j’aurai pris le temps de leur prouver la qualité de mes appareils, je leur ferai prendre conscience de l’importance de conserver nos antiquités ici et la valeur de celle-ci qui ne peut que grandir avec les années… J’aurai sûrement convaincu quelques-uns d’entre eux d’acheter mes «trésors nationaux»…

«Après ça, et seulement après, on verra s’il m’en reste pour les États-Uniens… »
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